L’Antichambre vous présente un projet datant de 2009 mais qui mérite que l’on revienne dessus. Il s’agit de l’OVNI « Modonut » de Mister Modo and Ugly Mac Beer, deux producteurs français qui n’en sont pas à leur coup d’essai, mais qui signent ici un album de bien belle facture, en présence de quelques invités d’outre Atlantique ou d’outre Manche.Derrière ces deux producteurs défenseurs du vinyle, crate diggers pour l’un, dj pour l’autre, se cache le label Diess Production, spécialiste en breakbeat et scratch music comme le bien connu « Drunk Master Break », le shop Beatsqueeze, ainsi que plusieurs projets discographiques depuis 2005. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer l’album concept « Mo Dougly Weird Stories » en présence de Mike Ladd et déjà marqué de l’empreinte « mf doomienne » puisque participent Monsta Island Czars et MF Grimm (ils ont d’ailleurs joué en première partie de MF Doom lors de son passage à Paris).
Le duo prolifique a donné naissance à plusieurs projets en 2009, dont ce « Modonut » qui retient notre attention aujourd’hui. Nous sommes à nouveau en présence d’un album concept, défiant les lois musicales et brisant les règles établies, à l’instar d’un MF Doom, dont on a l’impression qu’il plane parfois sur certains titres. Titres au format court, sans structure nette, passant du coq à l’âne et interludes en tout genre, donnent à cet album une identité propre, un style différent et vraiment frais.
Il ressort de cet album 4 composantes principales : les titres soul, chantés, sur des instrus hip-hop, les titres rap, souvent sombres, les démos façon turntablism et les titres instrumentaux ou simplement habillés de multiples dialogues ou extraits sonores.
Concernant les titres soul, c’est la chanteuse Jessica Fitoussi qui s’y colle avec brio à 7 reprises. Une présence si marquée que l’on peut considérer la chanteuse comme la 3ème pierre à l’édifice de ce projet. Les titres sont pour la plupart downtempo, utilisant des samples de piano, de violons et de cuivres, les ingrédients parfaits pour coller à la voix soul-jazz de la chanteuse et à l’ambiance 70’s qui s’en dégage. A titre d’exemple, nous vous proposons donc d’écouter Still Burning, avec Jessica Fitoussi :
Le rap au sens stricte du terme n’est finalement présent qu’à deux reprises, pour des titres plutôt obscurs, en présence des prestigieux invités que sont El Da Sensei sur Can’t Wait, titre sombre et oppressant, dans la plus pure tradition east coast, et Mike Ladd sur Dirty Fingers, morceau mélancolique, avec ses samples de piano et de cuivres, sa grosse caisse lourde et son inévitable refrain scratché. Nous vous proposons d’écouter Dirty Fingers avec Mike Ladd :
Côté turntablism, c’est Mac Beer qui s’en charge pour Drum Roll / I Am The Record et Mister Dynamite, hommage scratché à James Brown. Mais on retrouve également le double champion du monde I.T.F, DJ Troubl’, qui se lâche sur une instru qui me semble avoir été empruntée à MF Doom, du titre « Gazzillion Ear » de son dernier album « Born Like This ». C’est d’ailleurs le titre Can You Dig It featuring Dj Troubl’ que l’on vous propose d’écouter :
Pour le reste de l’album, et c’est la principale composante, nous avons les titres instrumentaux, sortes d’interludes plus ou moins longues, empruntant des dialogues de films de blaxploitation ou de séries Z qui semblent sortir des années 70 ou 80. Les formats vont de 30 sec à 3 min et oscillent entre atmosphères soul, psyché, kitch, cradingues ou humoristiques, mais on y retrouve systématiquement le même timbre de production, un peu crade, bien lourd et chargé de samples et extraits en tout genre. On retrouve même parfois, de manière assez surprenante, plusieurs séquences différentes sur une même plage, faisant penser à des assemblages d’extraits du travail très prolifique des deux instigateurs. Voici deux extraits pour illustrer, False Alarm featuring Kankick (avec le même sample que Positively Inclinded de Wax Tailor) et Organ Donut / Two Minutes Left :
Voilà donc un bon album, de composition peu commune et variée, qui étale les talents de producteurs de ces 2 crate diggers, fervents défenseurs du sample et qui ravira tous les amateurs du timbre analogique.