• Magik Moar & Trad Vibe Records

    Moar, alias Magik Mo, alias supa Momo, originaire de Nantes, est à la fois DJ, compositeur, producteur, organisateur de soirées, mais aussi et surtout taulier du label Trad Vibe. Ça fait quelques années que ce label entreprend un travail de beatmaking assez intéressant, où pratiquement tout sort en vinyl, et on y retrouve un renouveau de la scène française autant en beatmaking qu’en rap.

    Quant à Grand Master Dee Nasty,

    Moar, peux-tu nous présenter « Groovology » ?

    C’est le mix de toutes nos influences, on a réarrangé, réorchestré les morceaux qu’on kiffait, qui avaient besoin d’un peu de drum etc, on a redosé tout ça sur 12 titres, avec un beau vinyl de couleur, orange, avec une belle pochette avec un artiste qui s’appelle JYB (hiphopscultpture.com), il fait toutes les figurines en pâte à modeler, ça représente vraiment l’esprit du contenu du disque, il ne pouvait pas faire mieux. C’est vraiment ambiance 80 ; on a essayé d’être influencé aussi bien disco, que funk, que Hip-Hop jazz, musiques latines, on a plein d’influences. La bonne TR 808, la grosse basse sur le pied…


    Quelle est pour toi la chose la plus importante que tu accordes à la gestion de ce label ?

    La musique. C’est un mot, c’est la musique, après le business c’est autre chose, je pense que si les gens faisaient avant tout de la musique on aurait en tant que DJ plus de facilité à jouer des bons disques, des bonnes nouveautés ; à partir du moment où on se fait plaisir, quand on est content des disques qu’on produit, ça se partage, on a notre enthousiasme quand on sort des disques et les gens le sentent et vivent la même chose ; je ne viens pas avec le sourire pour parler de mon disque s’il est tout pourri… Donc l’idée c’est vraiment de se faire plaisir, comme avec Dee Nasty, son album « System Dee » c’est pareil, c’est du kif, on s’est fait plaisir, on a parlé musique, on fait les choses et après on avise.


    Dee Nasty, qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre le label trad Vibe ?

    C’est un concours de circonstances, moi je cherchais un label sérieux dans le sens « motivé », Suspect m’a parlé du label avec lequel il collaborait, « Trad Vibe », et comme on s’était rencontrés une fois à la suite d’une soirée qu’organisait DJ Suspect, le truc s’est fait naturellement, il y a eu un passage à la maison, on a écouté les tracks, il y a eu décision « qu’est-ce qu’on met sur le vinyl », comment on élabore le plan de bataille pour toucher les gens ; on s’est dit que c’était plus sur les instrumentaux qu’on pouvait le faire, pour essayer de toucher l’international, entre guillemets, voilà, ça s’est fait comme ça.

     

    Comment vois-tu ton travail évoluer au fil des ans ?

    Eh bien tous les ans j’ai un an de plus et mon travail évolue à partir de ça… Je veux dire par là, que j’ai des grandes oreilles, j’écoute tout ce qui se passe, et sur ce disque je me suis dit que j’allais faire ce qui me ressemble le plus sans penser aux influences qui viennent de toutes parts, donc je me suis un peu fermé, genre j’écoute mais ça n’atteint pas mon travail, c’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’il y a une nouveauté terrible qui sort que je vais changer ou chambouler un morceau dont j’étais fier jusque-là. Le concept c’est « old school futuristique » ou « futuristique old school », comme tu veux, mais c’est un peu le concept que j’ai voulu faire ressentir dans ce EP en vinyl et en CD aussi que Trad Vibe a sorti récemment.

     

    Moar, tu nous disais que la musique était le plus important pour toi, il y a quelque chose qui est intéressant dans tes projets, tu sembles intégrer de plus en plus de musiciens, dont… ton père.

    Entre autres, oui tout à fait… Sur mon premier maxi qui annonçait l’album « Mes influences ». Avec la maturité, l’expérience, on sait qu’un sampler ça défonce mais ça ne suffit pas forcément, et c’est bien de mélanger les deux pour aller encore plus loin, ce n’est pas nouveau et il y en a qui font ça depuis longtemps. A la base, jamais de la vie j’aurais pensé faire de la musique avec mon père, puisque je ne voulais pas faire de musique étant gamin, quand on a un père musicien on dit « non, je ne veux pas faire la même chose que toi » … Donc c’est venu plus tard et finalement bond délire. Dee Nasty sur son album a aussi des musiciens qui jouent avec lui, lui-même est musicien, c’est-à-dire que ce n’est pas juste un gars qui tape sur des boutons, il joue de la guitare, basse, claviers, il a invité un pianiste, un percussionniste aussi, sur tous les projets dès qu’o a l’occasion on invite des musiciens. La musique c’est un kif et si on a une idée et qu’on prend plaisir à la partager avec un autre musicien c’est quand même plus sympa que de rester tout seul dans son home studio et de taper sur des boutons toute la journée.

     

    D’ailleurs Dee Nasty, tu participes aussi au projet « Urban Swing Sound System »

    Oui ça prend forme, ça fait deux ans que je me suis investi avec ce groupe, il y a deux morceaux dans l'album « System Dee » avec la chanteuse-lead, et c’est vrai que je me suis investi dans un groupe, au début je ne savais pas pourquoi, juste il y avait musicalement quelque chose qui m’intéressait, humainement ça s’est bien passé, et finalement ça prend forme de plus en plus, bientôt une signature, ça prend le cheminement normal, c’est-à-dire on fait de la scène et après tellement on fait de scènes que le directeur artistique s’intéresse au projet « ils ont fait tant de concerts, à chaque fois c’est le feu, on va quand même jeter une oreille sur ce qu’ils font » et derrière une signature. Mais bon, je suis le DJ d’Urban Swing, je n’interviens pas dans les compositions, mais par contre quand on fait des concerts je donne tout ce que je peux donner…


    Moar, présente-nous l’écurie Trad Vibe et les projets intéressants ?

    Third P, alias Mr Hone, un jeune beatmaker de la région de Nantes, qui a fait un album instru comme on aime, influencé de jazz, d’électro, rafraichissant… 

    L’album « Wizard performances vol. 2 », c’est un various artists, on a invité des gens qu’on appréciait humainement et musicalement à venir poser un track sur le disque, et donc on trouve un peu tous les gens qui collaborent avec nous finalement, sauf Dee Nasty qui est arrivé juste après la sortie de ce projet, mais on a Yann Kesz, Mr Hone, DJ Gooka, DJ Suspect, Jackson Jazz, DJ Pharoah, Mister Fab, Saneyes également, il y a du monde mine de rien...

     

       


    Un label qui bouge de plus en plus, très actif...

    Il faut... En fait il ne se passe pas grand chose en France, donc autant en profiter, on a envie de faire des choses, même si on est un peu tout seul, ben tant mieux, on a plus de chances pour montrer ce qu’on sait faire. Si il y avait 40 labels qui feraient la même chose que nous avec le même rythme les gens seraient débordés ils n’arriveraient pas à comprendre ce qui se passe.

     

    Alors comment arrivez-vus à viser le public que vous visez, ce qui n’est pas forcément facile quand on est en indépendant et qu’on a pas les moyens face à une industrie Hip-Hop largement médiatisée sur certains aspects ?

    Par le support, le vinyl avant tout, on touche des gens qui font déjà l’effort d’aller chez un disquaire ; un disquaire c’est aussi un passionné qui conseille ses clients, qui les connait, et quand on arrive à rentrer chez un disquaire comme Goodka Records entre autres à grenoble, il y a le conseil, il explique la démarche du label, il connaît et les gens suivent, parmi les disquaires il y a pas mal de gens qui font bien leur travail et même si c’est dur pour eux en ce moment ils sont toujours, ce sont des amoureux de la musique. Le support fait qu’il se retrouve dans des magasins avec des gens qui aiment ça et les clients eux-mêmes quand ils vont acheter du vinyl, c’est pas comme un mp3 sur Itunes, ce n’est pas la même démarche, on vient chercher un objet, on prend une pochette de 30 cm dans la figure, ça change d’une petite image de 2 cm sur 2 sur internet, ce n’est pas le même rapport, et même le son ; notre son se veut assez chaleureux et le support du vinyl correspond carrément à ça.

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