• King Brytt, la classe philadelphienne

    Originaire de Philadelphie, King Britt démontre ses talents depuis une quinzaine d'années et ce sous divers angles. DJ du groupe Digable Planets au début des années 90, puis DJ de club, remixeur et surtout producteur, King Britt explore sans cesse les multiples possibilités de la musique électronique, du Hip-Hop le plus classique à la Nu soul la plus sensuelle, jusqu'à la deep house, nu-jazz, funk, disco... par le biais de sets forcément intemporels. A son actif quelques albums que l'on vous recommande chaudement: "sylk 130", "Re-members only", et plus récemment "Adventures in Lo-Fi" où ses talents de producteur sont profitables à DeLaSoul, , Quasimoto, et une douzaine d'autres artistes qui représentent la scène de Philadelphie: Bahamadia, Grand Agent, Dice Raw, Capitol A, Cherrywine ... Voici quelques impressions recueillies au Montreux Jazz Festival lors d'une soirée Philadelphia avec King Britt, The Roots, et Jazzyfatnastees...

                                                      Par : Whyninot?; Traduction : Roger B

    Tu as sorti un album sur BBE, "Adventures in Lo-Fi", plus Hip-Hop que ce que l’on pouvait attendre ; as-tu l’impression d’explorer de nouvelles contrées musicales ?
    J'essaie toujours de faire tomber les barrières entre des styles différents ; je n’aime pas qu’on m’étiquette ; je n’ai pas envie que les gens disent « c’est un producteur de House, il ne fait que de la house et de la techno » ; j’aime tous les styles de musique, et j’essaie de produire différents styles de musique, du mieux que je peux ; j’ai toujours voulu faire un disque Hip-Hop, mais je voulais attendre qu’une bonne occasion se présente, la série des Beat Generation c’est parfait pour moi, ça a été une bonne opportunité, avec comme prédécesseurs sur ce label Pete Rock, Jay Dee, Spinna, Jazzy Jeff, whouahh ! J’aurais pu mettre mon petit grain de sel dans le Hip-Hop, et apporter un concept un peu différent. Beaucoup de gens l’ont apprécié, d’autres pas… Dessus j’ai pu inviter Bahamadia, DeLaSoul, beaucoup d’amis…Cherrywine, Quasimoto-Madlib….

    Quel matériel utilises-tu ?
    J’ai une MPC 2000XL, mais j’ai toutes les sortes de MPC, mais celle-là c’est celle que j’utilise le plus ; j’utilise Logic Audio, pas Pro Tools, car c’est plus facile à utiliser, je me débrouille mieux avec ; j’ai toutes les sortes de moogs, je collectionnais les claviers quand j’étais au lycée, un paquet de matériel en gros.

    Tu samples beaucoup ? es-tu un chasseur de vinyls ?
    J’ai pas mal de disques mais je sample beaucoup moins qu’avant ; je n’utilise plus trop de boucles, je sample juste des notes ou des sons, notamment dans les derniers trucs que j’ai fait, en electro, où là j’utilise vraiment pleins de petits sons par-ci par-là. Par contre sur l’album de Hip-Hop dont on parlait tout à l’heure il y a pas mal de samples.

    Tu es déjà venu à Montreux avec les Digable Planets vers 92-93, que sont-ils devenus ?
    Ils se sont séparés juste après l’album « Blow out comb », Butterfly a un groupe qui s’appelle Cherrywine ; ça ressemble un peu à Sly Stone, il fait de la guitare et il rappe. Lady Bug a sorti un album qui s’appelle « The Rebirth of Mecca » ; je n’ai rien produit pour elle mais j’ai fait un remix pour Cherrywine.

    Comment expliquerais-tu ta musique à un sourd ?
    La couleur serait orange, bleue, verte ; les gens qui ne peuvent entendre peuvent quand même entendre à travers ce qu’ils voient, et ces couleurs représenteraient bien ma musique.

    La chose la plus étrange que tu aies entendue sur ta musique ?
    Quelqu’un a dit a dit une fois que je devrais faire des musiques de films, mais ça ne m’étonne pas plus que ça c’est vraiment quelque chose que j’aimerais faire.

    Et si ta musique était un film, quelle serait la trame ?
    C’est drôle mais le premier album « When the funk hits the fan » que j’ai fait, je voulais faire un film mais je n’en avais pas les moyens… J’ai donc essayé de faire le film au travers d’un album, avec des interludes, des dialogues… Si je devais faire un film ce serait cet album.

    Comment décides-tu de faire des remix ?
    ça dépend de l’artiste surtout. On me sollicite beaucoup, je reçois une vingtaine de demandes par semaine pour faire des remix, un peu moins pendant l’été, c’est mon manager qui s’occupe de tout ça ; j’ai luxe de pouvoir choisir ce que je veux faire ; mais chaque remix est différent.

    La meilleure chose et la pire qui te soient arrivés pour l’instant ?

    La meilleure chose c’est d’avoir grandi dans un environnement où mes parents ont toujours joué du jazz, de la soul, m’emmenaient à des concerts. Sinon il me m’est jamais arrivé de trucs insurmontables, je n’ai pas de mauvaises expériences, ça a été peut-être un peu difficile financièrement, mais au niveau créatif ça a toujours été, jusqu’ici tout va bien…

    Que connais-tu du Hip-Hop européen ?
    Le mouvement Hip-Hop est énorme en Allemagne, à chaque fois que j’y vais j’hallucine, en France, aussi bien sûr, je connais Soon E MC, MC Solaar ; j’ai vu du Hip-Hop un partout et c’est très différent selon les pays, je préfère tout de même la scène Hip-Hop française que l’allemande. Mais malgré les différences tout le monde va dans le même sens et contribue à agrandir le mouvement.

    ça ne te dérange pas de ne pas comprendre les paroles ?
    Non, c’est pas un problème, car quoiqu’il arrive tu peux arriver à ressentir la musique ; ce pour quoi c’est un langage universel. Je regarde la chaîne espagnole chez moi, je vois des clips en espagnols…

     

    Quelles différences vois-tu entre le Hip-Hop américain et le Hip-Hop européen ?
    ça a commencé aux USA ; en Amérique on a un style bien propre surtout au niveau des MC’s ; au niveau des beats ça peut se ressembler, la différence se fera surtout au niveau des MC’s, je préfère bien sûr le Hip-Hop américain que l’européen.


    Avec qui aimerais-tu collaborer ?

    La première personne avec qui j’aimerais travailler, et je ferais n’importe quoi pour travailler avec elle c’est Bjork. J’admire son travail mais si je devais travailler avec elle j’amènerais un côté soul à sa musique car ce qu’elle fait pour l’instant c’est très froid, très electronique.


    Si tu devais rendre un hommage, à qui ce serait ?
    Ce serait difficile de trouver un seul artiste à qui rendre hommage, par contre je voudrais rendre hommage à Philadelphie ; Brother ?uestlove (des Roots) a mené un projet jazz nommé « Philadelphia experiment » ; j'ai fait un remix de cet album, où je voulais amener quelque chose de différent de ce qu’il avait déjà fait, en collaborant avec des amis comme Jazzanova, Vikter Duplaix. Je pourrais donc rendre hommage aux artistes de Philadelphie comme John Coltrane, Art Blakey, Sun-Ra, John Allis… C’est très dur de jouer à Philadelphie car il y a eu des légendes, des gars qui ont contribué autant dans la soul que dans le jazz, ils ont placé Philadelphie sur la carte ; et si tu es de Philadelphie et que tu fais de la musique tu as intérêt à être bon, surtout quand tu fais de la scène car c’est un public très exigeant qui a vu défiler énormément de talents, certains des meilleurs musiciens du monde, même en musique classique l’orchestre philharmonique de Philadelphie a réalisé la musique pour le film « Fantasia ».

         

     

    Et remixer un artiste c’est rendre un hommage aussi ?

    Je le vois plus comme un truc où j’apporte quelque chose de nouveau à l’artiste, je le mets dans une situation différente. Malheureusement on est souvent choisi pour des raisons de marketing, pour attirer un public plus large. Si par exemple je fais un remix pour Spacek les gens vont vouloir écouter mon remix et du coup vont découvrir Spacek.


    Comment crées-tu un morceau ou un remix ?

    Je commence toujours avec le beat ; après, selon le morceau j’amène une autre atmosphère ; j’aime bien les sons qui peuvent faire en sorte que les gens aiment se laisser porter par la musique, j’essaie de faire de la musique pour des femmes, parce que si les filles dansent, les gars vont suivre, tu vois c’que j’veux dire, les mecs souvent préfèrent la musique plus agressive alors que les filles préfèrent les choses belles et douces, c’est le style de musique que j’essaie de faire.


    Ta prochaine étape dans la musique ?

    Mon truc, ce serait de trouver la formule idéale entre la soul et la musique électronique. C’est pourquoi je suis attaché à collaborer avec Bjork, puisque j’aime bien la musique électronique de Autechre, Aphex Twin, et d’un autre côté j’ai tout cet héritage soul et jazz ; j’essaie de trouver une façon de combiner ces deux styles, c’est la prochaine étape.

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